[ALUMNI] Patrick Meney, l’incompris

Dans le cadre de son cinquantenaire, en 2018,
l’EPJT a choisi de présenter le parcours de plusieurs journalistes formés à Tours,
au fil de portraits et d’interviews réalisés par les étudiants de deuxième année.

Patrick Meney, l’incompris

Patrick Meney, lauréat du prix Albert Londres pour ses reportages en URSS, est issu de la première promotion de l’EPJT. Il a été successivement grand reporter et producteur de télévision. Sa deuxième partie de carrière a parfois suscité la controverse.   

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Patrick Meney a derrière lui une carrière prestigieuse. Photo : Léna Soudre.

Patrick Meney, ce sont deux carrières qui paraissent incompatibles. « Complémentaires », corrige-t-il. L’une l’entraine en Italie, en URSS, en Yougoslavie, au Liban, en Iran, pour l’Agence France Presse (AFP) pendant dix ans. L’autre le propulse vers la production, TF1, les plateaux télévisés. Cette carrière, il l’a toujours voulue sous contrôle. Une amie, Réjane-Ludivine Rothier, confirme ce côté très carré : « Ce qui m’a frappé la première fois que je suis allée chez lui, c’était son bureau. Propre et rangé au millimètre près. Un perfectionnisme qui se ressent professionnellement. » Aujourd’hui producteur free-lance, l’homme de 68 ans se cache derrière une sérénité apparente. La voix est douce, posée ; le sourire est crispé, tendu.

En 1968, il intègre l’école de Tours. Il se souvient d’une école qui venait d’ouvrir, qui se cherchait encore et dont les cours relevaient presque de l’improvisation. Patrick Meney se rappelle encore du premier exercice : décrire les locaux. Tout le monde rechignait. Lui, prend l’exercice à bras le corps, et les dépeint par rapport à ce qu’ils auraient dû être. Déjà, il se démarque. Le professeur rend les copies en disant : « Mais finalement, il n’y a qu’une seule personne qui sait écrire ici. C’est Patrick ! » Une anecdote qu’il ne manque pas de raconter, encore fier, presque cinquante ans plus tard.

Journaliste-justicier

S’il fait ses premiers pas à Nice-Matin, il ne tarde pas à travailler pour l’Afp. Propulsé par sa couverture de l’affaire Lip à l’agence de Dijon, il devient très jeune correspondant à l’étranger pour l’Afp à Rome, puis à Moscou où il remporte le prix Albert-Londres en 1983. Deux ans plus tard, alors directeur des bureaux étranges de l’AFP et convaincu que la télévision représente l’avenir, il fonde AFP-TV. La décision déchaîne syndicats et journalistes qui y voient un non-sens. Incompris, il se heurte à un premier mur. « Cette grève m’a écœuré », se souvient-il.

Après avoir pris la présidence de Gamma TV et le conseil aux programmes à TF1, il finit par défrayer la chronique  en produisant et en animant deux émissions polémiques : Mea Culpa et Témoin n°1. En 1993, L’Express écrit à ce propos : « Même Patrick Meney, lauréat du prix Albert-Londres […] a tourné beauf : avec une parfaite fausse conscience, il anime aujourd’hui « Mea Culpa », la plus cradoque des émissions confessionnal. » Des mots durs qui résonnent encore dans sa tête. Pour autant, il n’exprime aucun regret.

Il a aimé incarner une sorte de journaliste-justicier. « Les journalistes avaient et ont toujours un état d’esprit extrêmement fermé. Ça permettait d’innocenter des gens, d’arrêter des violeurs, de briser des tabous ; ce n’était pas rien », se défend-il. Presque entêté, comme le confirme son ami Jacques Pradel, co-animateur de Témoin n°1 : « C’est quelqu’un de têtu, de direct, de rationnel mais c’est un excellent journaliste. » Par ailleurs, il n’a pas été qu’un bourreau de travail. Il a toujours laissé de la place pour ses passions, comme son amour pour les vieilles voitures. À la fin de Témoin n°1, Jacques Pradel lui communique son « virus pour l’aviation ». Patrick Meney passe alors son brevet de pilote.

En 1992, il écrit Les voleurs d’innocence, livre dans lequel il dénonce l’omerta des médias sur les questions de pédophilie. « Ce livre a été boycotté par la presse parce qu’il dérangeait. Il y avait un vrai problème. Il fallait frapper plus fort. » Il profite de son émission Mea Culpa pour inviter Nelly, 15 ans, victime d’inceste. « Si j’avais écrit le portrait de Nelly dans Libération, ça n’aurait eu aucun impact », explique-t-il. Il n’exprime aucun regret, mais nourrit une certaine amertume. D’ailleurs, il souhaite d’écrire un livre sur l’uniformité de la presse, le formatage et l’« idéologie qui y règne ». Pour être compris, enfin.

Léna Soudre