Traqueuse d’infections

Vétérinaire, Élodie Marti  est chargée de la sécurité alimentaire des aliments. Avec son équipe, elle fait respecter les règles d’hygiène et sanctionne les infraction. Une fonction placée sous le signe de l’intérêt général.

Elodie Marti*Une voix chaleureuse et une poignée de main ferme, Élodie Marti, chef de l’unité sécurité sanitaire des aliments à la direction départementale de protection des population (DDPP) d’Indre-et-Loire, sait s’affirmer. Que ce soit pour faire des contrôles dans les restaurants ou pour diriger son équipe, elle ne se laisse jamais impressionner. Après avoir passé cinq ans en cabinet vétérinaire, elle a tout quitté pour fuir l’ennui : « Paradoxalement c’est la routine qui m’a fait intégrer l’administration. »

Élodie revendique fièrement son appartenance à son corps de métier : « Je suis et serai toujours vétérinaire. » Elle balaie cependant d’un revers de main les préjugés sur la monotonie des services administratifs : « Je peux travailler dans l’hygiène alimentaire, la santé animale et défendre des textes de loi. » Au final, c’est la variété des missions qui l’a amenée à choisir ce poste. A quoi il faut ajouter son désir de mener une action qui touche toute la population et pas seulement les « toutous à maman ». La mission de la DDPP est de faire respecter les règles d’hygiène et de sanctionner les infractions. C’est cet aspect de service public qui plaît à Élodie : « Mes inspections ont une influence sur la vie de tous. J’ai l’impression de servir à quelque chose et c’est très valorisant. » Chef d’unité, elle s’occupe également de la gestion du personnel de la DDPP. Pas le temps de s’ennuyer.

Élodie doit cependant accepter d’être mutée très souvent. Pour des raisons d’impartialité. Elle peut en effet devoir rédiger, entre autres, des procès-verbaux et des mises en demeure. « Si je reste longtemps sur un poste, je suis susceptible de connaître les gens et de ne plus être objective. »

Élodie a déjà un parcours impressionnant pour ses 38 ans. Elle a débuté aux halles de Rungis, au pavillon de la Marée. Elle y assurait l’inspection des poissons avant de signer des certificats d’exportation européens. Puis, elle a travaillé au ministère de l’Agriculture pour défendre des textes présentés à la Commission européenne dans le domaine de l’alimentation animale. Elle a ensuite été nommée chef de service santé et protection des animaux à Chartres, puis dans le Gers et dans le Loir-et-Cher.

Aujourd’hui, elle est chef de service d’hygiène alimentaire à Tours mais elle ne sait pas si cela sera définitif. Le directeur adjoint de la DDPP d’Indre-et-Loire, Romain Guéguan, le confirme : « Ce qui lui plaît le plus ici, c’est le travail d’équipe. » Mais elle reconnaît que tout n’est pas parfait : « Nous sommes seulement six pour tout le département, ce n’est pas suffisant. »

C’est la raison pour laquelle les foodtrucks ne sont pas contrôlés dans la rue mais plutôt lors des manifestations : cela permet aux inspecteurs de grouper les contrôles. Le suivi des restaurants est tout aussi difficile, les propriétaires ont tendance à se succéder. « Puisque nous ne sommes pas en mesure de tout gérer, nous ciblons majoritairement ceux qui ont fait l’objet de plaintes », dit-elle.

Capture d’écran 2016-05-09 à 00.30.01Lors des contrôles, Élodie s’évertue à garder son calme : « Nous ne sommes pas toujours bien accueillis. A notre arrivée, les restaurateurs sont stressés. » Et parfois dérapent. Si elle se sent en danger, elle peut demander à se faire accompagner par les forces de l’ordre. Aucun risque avec les cantines scolaires qui sont les plus conciliantes : « Le personnel est content de savoir ce qu’il fait de bien ou de mal », commente Élodie. Les grosses entreprises, elles, ont l’habitude d’être contrôlées et disposent même d’un responsable qualité. Alors que le foodtrucker, souvent livré à lui-même, est logiquement moins attentif à l’hygiène.

Dans tous les cas, les foodtrucks ne sont pas la priorité des contrôleurs qui sont soumis à des objectifs précis émanant du ministère de l’Agriculture. Celui-ci définit des priorités annuelles qui dépendent des résultats des contrôles et des alertes des années précédentes. Ces statistiques sont élaborées à partir de bases de données sur certains secteurs d’activité comme les boulangeries, les fromageries et plus récemment les abattoirs.

Et si jusqu’ici les résultats de ces contrôles n’étaient pas accessibles à tous, Stéphane Le Foll a annoncé la mise en place d’un système de transparence des contrôles. Les inspecteurs ne seront plus les seuls à connaître les bonnes adresses, ou les pires.

Maxime BUCHOT et Lénaïg LE VAILLANT (Photos)

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