Santé : le malaise étudiant

Par manque d’argent, les étudiants sont de plus en plus nombreux à faire l’impasse sur les consultations médicales et les soins. Des aides sont pourtant mises en place par l’État et les universités. Mais sans atteindre leur but.

Le SUMPPS comptabilise près de 5 000 consultations en 2014, sur les 24 000 étudiants inscrits à l'université de Tours.

Le SUMPPS recensait près de 5 000 consultations en 2014 pour 24 000 étudiants inscrits à l’université de Tours. Les patients y sont accueillis du lundi au vendredi. Photo : Aimie Faconnier/EPJT.

« SUMPPS », indique une pancarte à l’entrée du 60, rue du Plat-d’Étain, à Tours. L’hermétisme de cet acronyme oblige à préciser, en plus petit, juste en-dessous : « Service universitaire de médecine préventive et de promotion de la santé ». Le ton est donné : la prévention médicale est au cœur de l’établissement et l’objectif principal est de favoriser l’accès aux soins des étudiants. Pourtant, un rapport EmeVia-CSA (Mutuelle étudiante et Conseil supérieur de l’audiovisuel) affirme que 17,4 % des étudiants ont renoncé à consulter en 2013 (contre 15 % en 2011).

Dans la salle d’attente, deux patients seulement : l’un vient voir le dermatologue, l’autre le dentiste. Mais le Dr Émilie Arnault, la directrice du SUMPPS, affirme que la pièce ne devrait pas tarder à se remplir. « Nos pôles majeurs, gynécologie et psychologie, sont à l’étage » ajoute-t-elle en désignant le plafond de la main. Pour Katia Dubois, gynécologue, cette affluence est liée aux « préoccupations des jeunes » : « J’en vois qui souhaitent s’informer sur la contraception, le dépistage, l’interruption volontaire de grossesse… » Avant d’enchaîner sur le travail de ses confrères psychologues : « La crise touche tout le monde, surtout les étudiants qui ont du mal à boucler leurs fins de mois. Alors, les cas de déprime ne sont pas rares. »

A Tours, de la prévention, pas de prescription

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Le Dr Arnault, direcrice du SUMPPS de Tours. Photo : Aimie Faconnier

Les SUMPPS sont financés par leur université et par des subventions extérieures : agence régionale de santé, conseil général… L’État leur a attribué différentes missions, obligatoires, comme les consultations gratuites et la prévention, ou facultatives, comme la création d’un centre de santé.

Celui de l’université François-Rabelais ne comporte pas de centre de santé qui permettrait aux étudiants d’obtenir une prescription. Mais le service, souligne le Dr Arnault, a passé une convention avec une soixantaine de médecins de l’agglomération : « Ces généralistes reçoivent les étudiants qui en ont fait la demande au SUMPPS. Ils leur appliquent le tarif conventionné de 23 euros, ainsi que le tiers payant et une dispense d’avance de frais. Au total, les patients n’ont que 6,90 euros à payer. » « Cette liste, regrette le médecin, ne comporte aucun spécialiste. Si les étudiants veulent consulter un ophtalmologue, par exemple, ils doivent se présenter au centre de soins Porte ouverte, situé dans le quartier du Sanitas. » Celui-ci accueille les personnes précaires.

Derrière son bureau, le Dr Dubois renchérit : « Tours est très bien doté en services de santé étudiante avec, entre autres, le Centre de planification ou d’éducation familiale, dont je m’occupe. » Ces CPEF ont un rôle préventif : ils conseillent et informent les patients sur la grossesse, la contraception mais ils ne délivrent, là encore, aucune prescription. Pourtant, le SUMPPS de Tours abrite un centre d’orthogénie et pratique l’interruption volontaire de grossesse et le dépistage.

Pas de médecins spécialistes à portée de main, un CPEF efficace mais sans lien réel avec les problèmes de santé basiques… Si le SUMPPS se veut un haut lieu de la santé étudiante avec ses nombreux dispositifs d’aide, les démarches restent complexes, surtout lorsqu’on cherche à se soigner vite.

Autre limite, ces centres de médecins préventives n’admettent que les étudiants de l’université, excluant ainsi ceux en BTS, en apprentissage, en école de commerce, de gestion, de vente… Et pourtant la fréquentation de ces filières augmente d’année en année : 9 % d’élèves supplémentaires entre 1990 et 2012, d’après l’Insee.

Hausse de la précarité

Cette tendance n’est bien sûr pas le propre de ces filières. Le nombre d’étudiants, toutes formations confondues, a progressé de 1,5 % depuis 2011. Et cela s’accompagne d’une hausse de la précarité : l’Union nationale des étudiants de France (Unef), un syndicat étudiant, a estimé qu’à la rentrée 2014, le coût de la vie étudiante avait augmenté de 2 %. Conséquence ? Des difficultés financières qui s’accentuent et qui, du même coup, peuvent bloquer l’accès à l’enseignement supérieur. « C’est un cercle vicieux, relève le Dr Dubois. Parfois, des jeunes attendent le dernier moment pour consulter. » Et de raconter : « Une fois, le Crous (centre régional des œuvres universitaires et scolaires, NDLR) nous a alerté des absences répétées d’un étudiant. Malade, il n’avait pas de quoi se soigner et ne savait rien de l’existence du SUMPPS. »

Pour la gynécologue, là est le cœur du problème : le manque de communication autour du SUMPPS à la faculté empêche les étudiants de connaître la structure, ce qui amène au renoncement aux soins. Pour Katia Dubois, la raison en est simple : « Le discours actuel n’incite pas les jeunes à s’intéresser à la santé. Certes, le SUMPPS mène des actions collectives sur Internet, notamment des campagnes de prévention et de vaccination. Mais tant qu’il ne sera pas plus connu, cela ne fonctionnera pas. »

Emmanuelle Audoux, directrice de la communication de l’université, renvoie la balle : « Le SUMPPS peut faire appel à nous. Mais on doit constater que les partenariats entre nos deux services de communication restent rares. » Il y aurait donc un réel manque de volonté de coopérer de la part du SUMPPS, que l’université ne pourrait combler : « Ils ont leur propre stratégie de communication. »

Le manque d’informations et de communication sur les SUMPPS est confirmé par Alice Brouillon, étudiante en master de psychologie de la santé et future professionnelle.

Aimie FACONNIER et Sara GUILLAUME

La suite de notre enquête

La santé, un luxe pour les étudiants

Pour aller plus loin

Baromètre Santé & Société – Europ Assistance / CSA 2013
3e Enquête nationale sur la santé des étudiants
Mutuelles étudiantes : remboursez

[su_note note_color= »#f0b184″]Emilie Arnault, directrice du SUMMPS souhaite apporter des précisions (en gras ci-dessous) face à ce qu’elle qualifie « d’inexactitudes et de fausses informations », dont « les plus flagrantes » :

« Ces CPEF ont un rôle préventif : ils conseillent et informent les patients sur la grossesse, la contraception mais ils ne délivrent, là encore, aucune prescription. Pourtant, le SUMPPS de Tours abrite un centre d’orthogénie et pratique l’interruption volontaire de grossesse et le dépistage. »

Le CPEF a un rôle préventif et curatif, bien sûr que nous délivrons dans ce cadre des prescriptions. Le SUMPPS n’abrite pas de centre d’orthogénie et ne pratique pas l’IVG: il s’agit du CHU !

« Pas de médecins spécialistes à portée de main, un CPEF efficace mais sans lien réel avec les problèmes de santé basiques… Si le SUMPPS se veut un haut lieu de la santé étudiante avec ses nombreux dispositifs d’aide, les démarches restent complexes, surtout lorsqu’on cherche à se soigner vite. »

Le SUMPPS propose des consultations de spécialistes, s’il y a urgence les étudiants sont adressés rapidement soit en interne soit vers des partenaires extérieurs. [En quoi ces démarches seraient-elles] « complexes »?

« Autre limite, ces centres de médecines préventives n’admettent que les étudiants de l’université, excluant ainsi ceux en BTS, en apprentissage, en école de commerce, de gestion, de vente… Et pourtant la fréquentation de ces filières augmente d’année en année : 9 % d’élèves supplémentaires entre 1990 et 2012, d’après l’Insee. »

En effet, mais pour la simple raison que l’université paye pour les étudiants de l’université. Nous pouvons, moyennant une convention, donc un financement, recevoir les étudiants d’écoles privées, c’était le cas avec l’ESCEM, qui [a] fait le choix de stopper ce partenariat. Quant aux BTS, […] ils dépendent de l’éducation nationale donc de la santé scolaire et ont donc accès aux infirmiers et médecins scolaires du département.

« Emmanuelle Audoux, directrice de la communication de l’université, renvoie la balle : « Le SUMPPS peut faire appel à nous. Mais on doit constater que les partenariats entre nos deux services de communication restent rares. » Il y aurait donc un réel manque de volonté de coopérer de la part du SUMPPS, que l’université ne pourrait combler : « Ils ont leur propre stratégie de communication. » »

[…] Nous sommes bien au courant du problème de communication et on s’emploie depuis 2 ans à améliorer cela, il n’ y a aucun manque de volonté de coopérer de la part du SUMPPS, nous sollicitons au contraire très souvent le service de communication, qui ne peut répondre à l’ensemble des demandes de l’université, tant ils en reçoivent.[/su_note]