Enquête EPJT : Il faut raviver la flamme des pompiers

Entre 2004 et 2012, le corps des sapeurs-pompiers volontaires a perdu près de 12 000 membres. Le constat est là : leur monde attire moins qu’avant. Les demandes d’intervention par contre ont augmenté de 20 %. Difficile dans ces conditions d’assurer correctement toutes leurs missions.

Des pompiers en intervention dans un champ

Intervention sur un feu à Saint-Hilaire-du-Bois
Photo : Amicale des pompiers de Vihiers (49).

En France, 8 sapeurs-pompiers sur 10 sont volontaires. Ce sont eux qui interviennent le plus pour porter secours. Sans eux, « c’est tout notre système de protection et de sécurité civile qui s’effondrerait », s’inquiète Luc Ferry, ancien ministre de l’Education nationale et président de la commission Ambition volontariat. Créée en 2009, cette dernière a pour rôle de trouver des solutions à la chute du nombre des volontaires. Ils étaient 195 200 en 2013, soit 12000 de moins qu’en 2004 et la baisse s’accélère.

La sirène a retenti lors du congrès annuel de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, en octobre 2013 à Chambéry (73). François Hollande a présenté à cette occasion un « Plan d’action » en faveur du volontariat. L’objectif principal : faire remonter les effectifs à 200 000 d’ici 2017.

Le statut des sapeurs-pompiers volontaires est peu connu. Ils assurent environ 50 % des interventions en ville et jusqu’à 80 % en zone rurale. La baisse de leur nombre est donc alarmante, d’autant que les demandes d’intervention augmentent, elles, de 3,5 % en moyenne chaque année. Elles ont atteint le nombre de 4,3 millions en 2012. Les sapeurs-pompiers sont donc obligés d’intervenir dans des conditions toujours plus difficiles. « Il nous est arrivé d’avoir tous les pompiers de sortie. Le centre d’appel du Service départemental d’incendie et de secours a craint, pendant une bonne demi-heure, un appel urgent », raconte le lieutenant Philippe Métayer, chef de la caserne rurale de Reugny (37). Patrick Guilbault, chef du centre de secours de Vihiers (49) confirme : « Nous avons déjà dû faire des interventions à effectif réduit. »

Parfois, ils ne sont pas assez nombreux à être disponibles pour partir, et c’est une autre caserne, plus éloignée, qui doit intervenir.

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Ambition volontariat a donc proposé des mesures pour recruter plus de femmes et de jeunes. « Nous devons faire passer le message que tout le monde peut devenir pompier. Il ne faut pas forcément être jeune et sportif », argumente Jean Benet, chef du service de la direction des sapeurs-pompiers au ministère de l’Intérieur.

Des contraintes multiples

Mais pour Romain Guilbault, 32 ans, pompier volontaire engagé depuis l’âge de 16 ans, et aujourd’hui formateur, « le réel problème n’est pas le recrutement, mais la fidélisation ». Les volontaires ne s’engagent plus que pour neuf ans en moyenne. « Sur les dix dernières années, j’en ai formé près de 200. Il doit en rester seulement la moitié aujourd’hui », se désole ce passionné. De nombreux pompiers abandonnent par manque de disponibilité. « Entre les réunions, les gardes et les manœuvres, il faut avoir beaucoup de temps », souligne Jonathan Gautreau qui a lui-même jeté l’éponge en 2011.

Autre frein à l’engagement: une formation discontinue, longue de un à trois ans, pas toujours adaptée aux besoins des casernes. Le récent plan Hollande prévoit de mieux prendre en compte les acquis que le futur pompier possède déjà. « Il faut que la formation soit adaptée aux missions des volontaires : on ne va pas les former à la grande échelle s’il n’y a aucun grand immeuble dans les environs », confirme Jean Benet.

Les pompiers de Vihiers en intervention

Le feu a pris dans l’habitation, nécessitant l’intervention des pompiers de Vihiers. Photo : Amicale des pompiers de Vihiers.

Les sapeurs-pompiers volontaires se plaignent d’un manque de reconnaissance. Ils ne sont que 22 % à occuper des fonctions de cadre. Et cela joue sur leur indemnisation. Elle s’élève aujourd’hui à 7,60 euros de l’heure contre un salaire de départ de 1 398 euros pour un professionnel. Une rémunération insuffisante pour compenser les difficultés à faire respecter leur statut dans les entreprises. Leurs employeurs acceptent de moins en moins qu’un employé parte sans préavis en intervention. « Avant, les patrons étaient fiers d’avoir des soldats du feu dans leur effectif. Maintenant, ça leur pose problème », déplore Patrick Guilbault.

La départementalisation du système de secours entamée en 1996, aggrave la crise. Elle a conduit à la fermeture de 571 casernes ces cinq dernières années. Une réorganisation qui a eu un fort impact sur l’engagement. Les casernes de proximité ont longtemps joué le rôle de bureaux de recrutement. Les volontaires sont plus prompts à s’engager pour leur commune que pour un territoire plus vaste. François Hollande a annoncé que les prochaines fermetures de casernes – car il y en aura d’autres – ne se feraient pas sans concertation des acteurs locaux. Mais qu’en sera-t-il a l’heure de la simplification administrative ?

« Le volontariat a toujours été fondé sur le don de soi et la volonté de rendre service », relève Ambition volontariat. Un engagement désintéressé qui n’est plus une priorité depuis une vingtaine d’années. Pour le lieutenant-colonel Michel Bonin, président de l’Union départementale des sapeurs-pompiers d’Indre-et-Loire et pompier volontaire depuis quarante-deux ans, « les difficultés de recrutement sont en partie liées à une augmentation de l’individualisme dans notre société ». Mais le gradé se console avec les sections de jeunes sapeurs-pompiers* qui « permettent de maintenir l’effectif de volontaires dans le département ».

Au ministère de l’Intérieur, Jean Benet considère que la baisse des effectifs n’est « pas une crise mais une érosion ». Mais il le concède : il faut rester vigilant. Pour ne pas qu’un jour, plus personne ne vienne quand on appelle le 18.

 Justine BOUTIN et Soliane COLAS

(*) Formation destinée aux jeunes, âgés de 10 à 18 ans, pour s’initier aux techniques des sapeurs-pompiers.

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Une nouvelle caserne à Reugny (Reportage)
Le système de disponibilité des pompiers (Éclairage)
Pompiers des champs (Diaporama)

Pour aller plus loin :

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