« On reprend des études pour se cultiver »

Quand certains suivent des formations pour s’adapter au marché du travail, d’autres privilégient le plaisir d’apprendre. C’est le cas de Kévin Coutard, 26 ans, étudiant à Tours. Après un premier parcours professionnel chaotique, il a décidé de retourner sur les bancs de l’université.

Cheveux ébouriffés, mal rasé, tout de noir vêtu, une tête de mort imprimée sur son sweat-shirt, Kévin Coutard est assis sur une chaise à l’entrée de la faculté des Tanneurs, les jambes croisées. Il  accueille les jeunes étudiants qui s’inquiète du projet de la loi El Khomri et les dirige vers l’amphithéâtre A où vient de débuter la conférence-débat de 15 heures. Ce Tourangeau déclare fièrement s’être engagé dans le syndicat Solidaires Étudiant-e-s. Il milite également pour les jeunesses communistes. Il s’investit dans la Fanfare Médecine Tours, au surnom très carabin : « La Vaginale ». Une heure par semaine, il s’occupe de la régie de Radio Béton. Enfin, il désire obtenir le brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur (Bafa) pour travailler l’été en colonie de vacances avec des enfants. Une vie quotidienne bien remplie : il ne cesse de s’impliquer dans de nouvelles activités et nourrit de multiples projets. Et les études dans tout ça ? Pas de problème, il gère. Son ambition, qui le « taraude depuis quelques années », c’est devenir professeur d’histoire-géographie.

Il y a trois ans, Kévin Coutard a entrepris une licence dans cette matière. Un diplôme qui lui permettra de tenter le Certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement supérieur (Capes) s’il obtient un Master 2. Un programme ambitieux. « Et pourquoi pas ? », répond-il dans un large sourire.

Kévin Coutard n’est pas un étudiant comme les autres. Il a déjà une expérience professionnelle importante pour son âge. Pour ce garçon d’apparence timide, les reconversions sont déjà nombreuses.

 À 18 ans, il obtient un BEP hôtellerie-restauration dans un lycée professionnel, et se spécialise en sommellerie. Ensuite, il enchaîne les jobs (cueillette de pommes, manutention) qui le font vivre, même s’il est aidé par ses parents.

Au bout de deux ans, il change complètement son fusil d’épaule en choisissant de suivre une formation complètement différente dans le nettoyage industriel sur deux mois, grâce à l’ANPE (Agence nationale pour l’emploi, devenue Pôle Emploi). Il s’installe à Tours Nord et travaille dans « deux ou trois » entreprises en CDD. Son dernier contrat débouche sur un CDI. Il en démissionne au bout d’un an et demi pour passer un bac professionnel hygiène et environnement, en alternance.

ANPE encadréCes choix, il les explique par son envie de gagner de l’argent rapidement. Il a, depuis, changé d’optique : « C’était l’âge bête. Je pensais que le professionnel était le moyen le plus facile et rapide de se faire de l’argent, confie-t-il en remontant ses lunettes. Maintenant, je veux laisser le travail manuel pour me consacrer à un secteur plus intellectuel. »

Il s’est rendu compte que, jusque-là, toutes les formations qu’il a entreprises ne lui ont jamais permis de s’épanouir pleinement. Même si elles l’ont enrichi et fait grandir. Mais « on reprend ses études essentiellement pour se cultiver. »

Il a parfois du mal à combiner ses heures universitaires avec son travail dans une entreprise de nettoyage de bureaux. Parce que, oui, en plus de toutes ses activités, il travaille. Et s’il dit gérer, il redouble sa deuxième année. Mais ce cursus, il faut bien le financer.

Retourner à l’université, c’est côtoyer des plus jeunes. Mais plutôt qu’une différence d’âge, le jeune homme parle d’une différence de maturité. « J’ai sûrement un objectif en tête plus précis que les étudiants qui sortent du bac. » Mais c’est la seule différence qu’il fait entre lui et les autres étudiants.

Kevin rêve d’enseigner dans des lycées, pour pouvoir instaurer des débats constructifs avec des élèves plus mûrs au sein de ses futures classes. Après s’être longtemps cherché, il a enfin trouvé sa voie. Malgré les difficultés : « Plus on vieillit, plus les difficultés à mémoriser sont importantes. Il sera peut-être pour moi compliqué d’obtenir le certificat. Mais je suis motivé. »

Maxime TALDIR et Philippine DAVID

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