Sorciers, l’âge d’or

par Thierno Bah, Ana Boyrie et Margaux Deuley

Sorciers, l’âge d’or

Sorciers, l’âge d’or

Thierno Bah, Ana Boyrie et Margaux Deuley
Photos : Ana Boyrie, Serge Van Poucke
3 juillet 2017

On les croyait disparus, relégués aux seuls contes fantastiques et à la science-fiction. Pourtant, sorciers et sorcières n’ont cessé d’exister en France. Qu’elle relève d’une croyance ou d’un besoin de refuge, la sorcellerie a le vent en poupe en ce XXIe siècle. À tel point qu’elle constitue aujourd’hui une industrie conséquente.

N’en déplaise aux sceptiques : les sorciers font encore partie de ce monde. Pour le constater, il suffit simplement de prêter attention aux nombreuses fictions du XXIe siècle telles que Harry Potter ou Charmed, qui ont tour à tour érigé ces personnages en héros. Mais bien au delà du mythe, les quelques hommes et femmes qui pratiquent l’art mystérieux de la sorcellerie existent toujours.

Pour le croire, il faut aller à Vallon-en-Sully, où vit Marie des Bois, une sorcière du département de l’Allier. Un nez crochu, des yeux verts, une voix rocailleuse, une dentition à faire pâlir un dentiste, une chevelure grise et ébouriffée : la sorcière n’aime rien tant que de jouer de son apparence physique pour s’amuser des regards en coin. Si tout comme Marie des Bois, certains préfèrent exercer dans des régions reculées pour ne pas attirer la lumière des projecteurs, d’autres au contraire, sont en quête de gloire et exigent des sommes abracadabrantes pour leurs interventions. Des êtres précédés par leur légende qui n’ont pas fini d’éveiller l’intrigue.

 

Vous ouvrez les pages d’un livre ou allumez votre écran, ils sont partout. Les sœurs Halliwell, Samantha, Sabrina, Karaba, Kiki la petite sorcière ou encore Mélusine pour les enfants, le XXIe siècle signe le retour de la sorcellerie. L’intérêt que l’homme manifeste au monde fantastique saute aux yeux des industries cinématographiques et éditoriales qui n’hésitent pas à en tirer profit. L’engouement est tel qu’au-delà du divertissement, la sorcellerie réapparaît dans les mœurs et les pratiques de certains. « La sorcellerie visible au cinéma ou dans les livres a ouvert l’esprit et débouche sur la pratique de la magie », affirme Patrick Pierrot, gérant de la librairie ésotérique Savoir-Être.

Située au cœur du Vieux Tours, la boutique regorge d’accessoires. Renseignez-vous pour une boule de cristal en toute tranquillité, aucune requête ne sera moquée. Les sciences occultes représentent désormais un business sérieux. Pendules, cartomancie, pierres médicinales, planches ouija, grimoires, pentacles, à chacun son rayon. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce petit commerce n’a pas à rougir avec un chiffre d’affaires constamment en hausse depuis onze ans.

Le plus célèbre des jeunes sorciers aux lunettes rondes et à la cicatrice frontale confirme la tendance. Il est aujourd’hui le héros le plus rentable pour les commerces. Iron Man, Batman, Hulk ou encore Yoda peuvent aller se rhabiller. Harry Potter envahit la vitrine de la librairie Album Comics, stratégiquement située sur le boulevard Saint-Germain, qui propose un nombre infini de produits dérivés, dans l’ensemble assez coûteux. Baguettes magiques, sabliers de Slughorn, écharpes, diadèmes, colliers retourneurs de temps… les adeptes ne savent plus où donner de la tête.

 

Pour découvrir le shopping des sorciers, passez la souris sur l’image et cliquez. Réalisé avec Thinglink

Outre la vente des multiples goodies de la saga de J.K. Rowling, bars et restaurants s’emparent régulièrement de la thématique pour séduire leur clientèle, à l’instar du bar tourangeau le MeltDown. Le 20 janvier dernier, près de 300 personnes s’y sont retrouvées vêtues d’une robe de sorcier autour d’une « bièraubeurre », pour une soirée spéciale Harry Potter. « Nous savons que ce thème plaît à de nombreux clients, affirme l’un des barmans. Bien entendu, une telle affluence a une retombée positive sur notre chiffre d’affaires. »

Marie des Bois, la dernière sorcière de l’Allier.

Cette Potter mania dont profitent de nombreux établissements, Marie des Bois la condamne fermement, elle qui a rebaptisé le jeune sorcier « Harry Pot-de-merde ». Bien qu’elle ait tout d’une sorcière de légende, la sorcière de l’Allier est bien réelle et lutte contre les fausses représentations de la sorcellerie, dont Harry Potter et la célèbre forêt interdite font partie. Malheur à ceux qui insultent ou menacent la nature… « Il m’arrive de jeter des sorts à ceux qui font du mal aux arbres ! », avertit la sorcière. Dans son ouvrage S comme Sorcière, Marie des Bois défend les sorcières, encore et toujours perçues comme de vieilles mégères volant sur un balai. Un stéréotype véhiculé par l’Église chrétienne et plus récemment par les industries de l’édition et du cinéma. « On ne cesse de réduire les sorcières à des femmes vilaines et méchantes ! », condamne-t-elle.

Selon elle, la sorcellerie repose avant toute chose sur le respect de la tradition païenne et l’amour de la nature. « La déesse mère qui représente la terre mère nourricière m’a permis de faire corps et de croître avec la vie », explique-t-elle. Inutile d’aller à Poudlard, la sorcellerie ne s’apprend pas mais réside plutôt en un ressenti et une sensibilité. Marie des Bois soutient que l’on ne devient pas sorcière, « on naît comme ça. » Plus que par des pratiques, une sorcière se définit également par son rejet de l’ordre établi. Marie des Bois ne s’en cache pas : « J’ai toujours été dissidente et rebelle. C’est ça être sorcière ! »

« Tremate, tremate, le streghe son tornate »

Slogan des féministes italiennes dans les années soixante-dix

L’Histoire montre bien que le terme de sorcière est indissociable des mouvements d’indépendance féminine. Ainsi, les femmes qui osaient contester les normes sociales se sont longtemps exposées à la persécution sous prétexte de sorcellerie. Oubliez le balai, le chapeau pointu et le nez crochu, la laide créature des contes pour enfants a en réalité plus d’une corde à son arc. Derrière la sorcière se cache une femme désireuse d’émancipation, subversive face aux normes. Elle revient notamment sur le devant de la scène dans les années soixante-dix, lorsque de jeunes Italiennes féministes se font entendre à Milan et brandissent le slogan : « Tremate, tremate, le streghe son tornate » (Tremblez, tremblez, les sorcières sont de retour).

Un mouvement presque universel puisqu’en France, c’est une revue littéraire féministe que l’on baptise Sorcières, accompagnée d’un sous-titre évocateur : Les femmes vivent. De l’autre côté de l’Atlantique, les Américaines Barbara Ehrenreich et Deidre English publient en 1973 le pamphlet Sorcières, sages-femmes & infirmières. Son succès est tel que les éditions Cambourakis décident d’en sortir une traduction française. La réédition contient alors une préface inédite des deux auteures ainsi qu’un postface d’Anna Colin, auteure de Sorcières pourchassées, assumées, puissantes, queer. Car si des centaines de milliers de femmes ont été persécutées, humiliées, brûlées, c’est bien qu’elles défiaient un ordre établi. Chassées par la classe dominante du XIVe au XVIIe siècle, ces sorcières étaient en réalité des femmes dont les croyances païennes menaçaient l’expansion d’une religion monothéiste.

Cette guerre contre la femme s’observe également dans la médecine. Dans leur essai, Barbara Ehrenreich et Deidre English soulignent la question du contrôle. « Une médecine masculine pour la classe dominante sous les auspices de l’Église était acceptable, une médecine féminine intégrée à une sous-culture paysanne ne l’était pas. » Au fil des siècles, l’expression de « chasse aux sorcières » adopte un sens plus figuré, qualifiant désormais la persécution de personnes au sein d’une société qui n’accepte pas leurs opinions ou appartenances. L’exemple le plus connu étant le maccarthisme.

Sources : Wallpapers Cinema / 123RF

Si les commerçants tirent honnêtement parti de ce marché à forte demande, les praticiens de l’occulte, en revanche, sont plus sujets à controverse. Aujourd’hui, ils sont nombreux à profiter d’une médiatisation surprenante. À Paris, Sonia la sorcière blanche investit le 11e arrondissement tandis que Hécate, sorcière luciférienne du 16e, apparaît dans plus de quinze médias. De Libération à LCI, en passant par Le Point, la sorcière fait les gros titres et entretient sa notoriété. Pourtant, lorsqu’il s’agit de parler « business », l’une raccroche au nez, l’autre se contente de refuser. « Ce monde est une jungle, où le pire côtoie le meilleur », constate Youssef Sissaoui, directeur de l’Institut national des arts divinatoires (Inad).

Cette association indépendante s’est donnée pour mission de surveiller les pratiques douteuses des nombreux professionnels affiliés aux sciences dites « parallèles », incluant voyants, sorciers, marabouts et magnétiseurs. Pour réglementer au mieux ces pratiques, l’Inad a établit une charte morale à laquelle peuvent souscrire ces professionnels. À ce jour, le directeur comptabilise près de 2 000 signataires. En revanche, tous les praticiens ne peuvent être éligibles. « Nous considérons tout exercice de magie noire comme une supercherie », tranche Youssef Sissaoui.

La patrouille de l’Inad est d’autant plus rigoureuse que, selon ses chiffres, le nombre de consultations divinatoires oscille entre 12 et 15 millions par an. Au total, l’industrie de l’occulte représente un chiffre d’affaires annuel de 3,2 milliards d’euros. D’après Youssef Sissaoui, les clients qui se tournent vers ces praticiens tentent majoritairement de trouver une solution à des problèmes au sein du milieu professionnel, affectifs et sanitaires. Pour une consultation, certains sont prêts à dépenser des milliers d’euros. Parmi les services proposés : des rituels d’amour ou de haine, de richesse ou de faillite, voire même dans certains cas, de mort… Autant de savoir-faire soi-disant détenus par Hécate, qui loin de la gratuité prônée par Marie des Bois, exige la somme de 3 000 euros pour faire revenir l’être aimé. Bagatelle, direz-vous…

Sans surprise, plusieurs professionnels comparaissent devant la justice. Danaé Roux, sorcière qui bénéficie d’un excellent référencement sur Internet, est l’une d’entre eux. Plusieurs de ses clients ont signalé des pratiques douteuses ainsi qu’une absence totale de résultat. Des plaintes qui l’ont propulsée devant le tribunal de grande instance de Marseille. Le 30 juin 2016, ce dernier la condamne à verser 800 euros d’indemnités à l’Inad. Des cas similaires, l’association en a recensé une centaine ces dernières années. « Lorsqu’une personne est victime d’un agissement frauduleux, ayant porté atteinte à sa santé ou à ses économies, nous l’encourageons à porter plainte et nous nous engageons à l’accompagner au tribunal », précise le directeur de l’Inad.

 

Marie des Bois, loin d’être en quête de gloire, exècre l’ensemble de ces charlatans qui font du tort à ses croyances. Si elle ne fait pas les gros titres, un article dans l’un des médias locaux de l’Allier lui est cependant consacré chaque année. Dans sa maison recouverte de vigne vierge, elle a pour habitude de célébrer Halloween et d’y convier tous les habitants de Vallon-en-Sully. Pour les enfants, même pas peur ! C’est avec exaltation et amusement qu’ils se précipitent au pas de sa porte pour découvrir la sorcière, vêtue de sa robe et de son chapeau de Salem. Statuettes de sorcière et balais sont accrochés sur le toit en guise de décoration, une dégustation de sa soupe au chocolat et un concours de citrouille sont au programme. Marie sait l’engouement pour le monde des sorciers et se ravit de satisfaire celui des Vallonnais. Ce, en toute gratuité. Car contrairement à ses « consœurs », Marie des Bois ne souhaite ni publicité ni argent et vit principalement de la publication de ses ouvrages.

Sur la place du village, difficile de ne pas remarquer la maison illuminée de la sorcière.

Grâce au bouche à oreille, son talent de guérisseur s’est répandu dans l’ensemble de la commune et du département. Cela étant, elle ne cherche pas à élargir le cercle restreint de personnes qu’elle soigne. En consultation, la sorcière se propose de prédire l’avenir ou de réaliser des décoctions ou des nouets bénéfiques, tire les runes et concocte des potions telles que « l’élixir aphrodisiaque » dans un chaudron. Lorsqu’on la questionne sur la façon dont elle acquiert les outils et les ingrédients nécessaires au soin, Marie des Bois affirme se les procurer directement dans la nature. « En ce sens, tout le business qui s’est construit autour de la sorcellerie est inutile », tranche-t-elle. Une absurdité comparable, selon Marie des Bois, à celle des sex-shops : « À quoi bon payer pour un plaisir qui se trouve déjà dans la nature ? »

Le refuge du merveilleux

Si la sorcellerie et les sciences occultes battent leur plein, c’est qu’aux yeux des Français, ces deux univers ont toujours constitué un refuge. Michel Leroux dans Le retour des sorciers, décrit un phénomène bien antérieur à l’apparition des fictions fantastiques du XXIe siècle : « Fontenelle, Pierre Bayle et Voltaire ont tour à tour analysé notre prédilection pour les refuges où notre paresse intellectuelle trouve autant son compte que notre goût du merveilleux. »

Une thèse que confirme d’emblée la sociologue Déborah Kessler-Bilthaueur, auteur de Guérisseurs contre sorciers dans la Lorraine du XXIe siècle, « La première ethnologue à avoir traité cette question est Jeanne Favret-Hada. Au cours de ces enquêtes elle s’est aperçue que, pour beaucoup de personnes, la sorcellerie représentait une échappatoire. Les personnes qui y recourent la perçoivent comme la possibilité d’obtenir une explication à leur malheur, aux injustices qu’ils vivent », affirme-t-elle. Ainsi, lorsque des instances traditionnelles telles que la médecine sont dans l’incapacité d’apporter leur aide, certains se tourneraient vers les sciences occultes dans l’espoir de trouver une solution.

André Ricros est directeur de l’Amta (Agence des musiques traditionnelles d’Auvergne). Photo : Joël Damase

 

La médecine justement, ne se montre plus si hermétique aux des sciences parallèles qu’auparavant. L’écrivain André Ricros, auteur de Au soleil des loups, considère que l’homme contemporain a enfin les moyens de mettre les pieds dans l’irrationnel et l’immatériel. « Aujourd’hui, de nombreux travaux de recherches apportent la preuve du bénéfice de certaines plantes et molécules utilisées en sorcellerie », observe-t-il. De la même façon, de plus en plus d’établissements médicaux font appel aux services de guérisseurs. Dans les hôpitaux, ces derniers interviennent auprès des patients dans plusieurs unités de soins, comme la cancérologie ou le secteur des grands-brûlés. « Sans compter les sourciers, reconnus pour leur capacité à trouver de l’eau en plein milieu du désert, qui sont de plus en plus sollicités pour intégrer les régiments », ajoute André Ricros.

 

« On note aujourd’hui un grand besoin […] de se rapprocher de la nature et de s’écouter. »

André Ricros, écrivain

 

Grâce à ces découvertes, l’écrivain estime que nous serions plus enclins à accepter ces pouvoirs et, ce-faisant, nous aurions également moins peur de ces phénomènes auxquels on ne trouve toujours pas d’explication. « Dans quelques décennies, je pense qu’il y aura une véritable acceptation de ces savoirs », conclut-il. Mais la science n’explique qu’une part de ce regain d’intérêt. Cet attrait pourrait également être l’un des symptômes d’une société qui nous sollicite et nous éloigne ainsi de notre for intérieur. André Ricros note qu’au fil des siècles, l’homme s’est peu à peu détourné de la nature, de ses ressentis profonds et des traditions anciennes.

À mesure du temps et des progrès technologiques, les hommes auraient peu à peu perdu cette faculté que tous avaient en eux : écouter les messages que la nature et leur propre corps leur envoient. L’engouement pour les sciences occultes et la sorcellerie, d’après l’écrivain, pourrait être une autre façon d’échapper à un environnement oppressant. « On note aujourd’hui un grand besoin de retourner au fondamentaux. Les gens ressentent le besoin de se rapprocher de la nature et de s’écouter, remarque l’écrivain. Lorsqu’on atteint un extrême, on se tourne à l’opposé. C’est à l’image de cette décennie où la tendance était au fast foods alors qu’elle aujourd’hui au bio. »

 

Au soleil des loups a été publié aux éditions Flandonnière, en octobre 2016. Source : Blog Maurs La Jolie

 

Dans ses enquêtes sur les manifestations de l’étrange – qu’il a menées dans le Massif central pendant plus de quarante ans – André Ricros a fréquenté de nombreux sorciers, rebouteux et guérisseurs. S’il est indéniable que ces hommes ont la capacité d’agir sur leurs semblables, l’écrivain ne parle pas de « pouvoirs magiques ». Selon lui, leur don s’est développé grâce à une sensibilité extrême. « Il faut rappeler qu’au départ, tous les être humains ont cette faculté : un individu, en même temps qu’il émet des messages, perçoit le message des autres, à l’instar d’un poste émetteur-récepteur. La plupart des gens émettent et captent, mais ça brouille, analyse-t-il. Celui qui développe un don en revanche, parvient à arrêter ses propres émissions et se met dans une position de captation très forte. »

Pour qu’une intervention se révèle efficace, un autre phénomène entre en ligne de compte : la croyance. Tant du côté soigneur que soigné. « Il faut à la fois de la concentration et de la conviction. Pour certains, cela va passer par la récitation d’une formule », détaille-t-il. Si cette dernière est le plus souvent en lien avec la religion catholique, André Ricros affirme que n’importe quel autre mantra permettrait le même résultat. « Si vous choisissez un poème de Baudelaire, il se peut que cela soit tout aussi efficace ! », estime l’écrivain.

Le refuge de la sorcellerie et du merveilleux s’incarne également à travers la recherche du divertissement. Pour le trouver, certains sont prêts à se déplacer jusqu’au fin fond du Berry, là où se situe l’unique musée de la sorcellerie d’Europe. Chaque année, entre 35 000 et 42 000 personnes viennent découvrir l’histoire des sorcières, de leur persécution à aujourd’hui. Un franc succès, qui fait de ce musée le site le plus visité du Cher et permet à son propriétaire, Serge Van Poucke, de rémunérer six employés.

La prospérité n’est pourtant pas la priorité du gérant : « On n’est pas des financiers, mais plutôt des passionnés ! », affirme-t-il. Habituellement fermé l’hiver, Serge Van Poucke nous ouvre les portes de ce Walt Disney miniature pour une visite privée dans le monde des potions et des dragons. Sorcières, Merlin, Baba Yaga ou encore Médée : tous y figurent et plongent les visiteurs dans une époque où l’imaginaire était réalité.

Mais selon Camille Ducellier, réalisatrice et artiste féministe, la sorcellerie représente également un moyen d’échapper à la vision binaire que l’homme peut parfois avoir du monde. « Avec notre cartésianisme, on a tendance à séparer les choses. Alors que deux modes de pensée ne sont pas nécessairement incompatibles. » Selon elle, être sorcière consisterait à voir entre les lignes, refuser l’idée du Ying et du Yang, et avoir « cette capacité à rendre les choses malléables, queer, tordues, pour essayer d’échapper à des choses figées. »

Certaines femmes sont d’ailleurs sorcières, sans pour autant le verbaliser. Dans son court-métrage Sorcières, mes sœurs, l’artiste met en scène sa vision. Elle dresse notamment le portrait de Thérèse Clerc, militante féministe mais surtout « sorcière contemporaine ». Assumer une sexualité en tant que vieille femme, parler du clitoris : voilà un discours subversif qui selon la plasticienne, fait d’elle une sorcière.



Pour aller plus loin


 

Photo d’ouverture : Serge Van Poucke