La sûreté alimentaire
un combat aux multiples facettes

Le risque alimentaire mobilise de nombreux moyens humains et matériels. Le laboratoire de Touraine veille à la sécurité des consommateurs. Il mène une lutte quotidienne contre les méfaits des pesticides et les écarts des producteurs. Mais la structure doit faire face à la concurrence des laboratoires privés.

Parçay-Meslay, laboratoire de Touraine. Le Dr José Delaval, directeur général du laboratoire, organise la visite. Il s’engouffre dans une salle dont les paillasses sont couvertes d’objets d’analyses. « Voici la pièce de chimie des pesticides. C’est ici que nous cherchons dans l’eau des molécules dangereuses pour la santé. » Comme soixante-quinze de ses homologues départementaux en France, le laboratoire est agréé par le ministère de l’Agriculture. Ce qui lui permet de mener toutes sortes d’analyses. Il est également l’un des pivots de l’organisation contre le risque sanitaire en région Centre et à ce titre, il travaille avec l’Agence régionale de santé (ARS).

Lorsqu’un accident sanitaire est constaté, l’ARS Centre donne l’alerte. Le laboratoire effectue alors des prélèvements et détermine l’importance du risque. « Nous sommes à la fois pompier et acteur de prévention », confie José Delaval.

En plus d’agir en cas d’alerte, le laboratoire de Touraine peut effectuer des contrôles chez les acteurs de la filière agro-alimentaire (éleveur, abatteur, restaurateurs etc.) qui doivent respecter un ensemble de normes sanitaires européennes surnommé « le paquet hygiène » : « Ces contrôles sont faits pour aider les personnes travaillant dans l’agroalimentaire, explique le Dr Delaval. Nous faisons de la prévention mais cela ne remplace pas l’autocontrôle que tous doivent faire. Nous ne pouvons pas être toujours derrière pour voir s’ils appliquent correctement les règles. » Le directeur du laboratoire admet recevoir très peu de demandes de contrôle : « Nous respectons le choix des personnes qui refusent notre aide ou qui privilégient l’analyse d’un laboratoire privé. »

 Vitesse et précision, un aperçu des analyses au laboratoire de Touraine.

Le Laboratoire de Touraine contrôle principalement l’alimentation. Mais « quand on parle d’alimentation, on parle aussi bien de l’alimentation liquide, comme l’eau qui vient du robinet que de l’alimentation solide qui est le morceau de viande dans votre assiette », poursuit le Dr Deleval. La protection de l’eau est un aspect important pour le laboratoire de Touraine. L’ARS saisit couremment le laboratoire pour mener des analyses concernant la pureté de l’eau. « Entre les métaux lourds, les résidus de pesticides qui filtrent dans les rivières, quelque 500 molécules potentiellement toxiques peuvent se retrouver dans l’eau », précise José Deleval. Le laboratoire doit alors détecter l’ensemble de ces produits dangereux pour l’homme. « Nous sommes capables de déceler l’ensemble de ces molécules dans les échantillons d’eau que nous analysons, poursuit le directeur. C’est ce qui nous a permis d’obtenir l’autorisation d’exercer des contrôles sanitaires sur les vins. »

Le laboratoire de Touraine est en effet une des rares structures départementales à être capables d’effectuer des contrôles sur les produits viticoles. Il propose aux viticulteurs de détecter la présence de phtalates dans leur production : « Certains conservent leur vin dans des cuves en époxy car elles coûtent moins chères. Mais en cas de grosse chaleur, elles peuvent se déformer et des résidus peuvent tomber dans le vin et le rendre toxique », détaille José Delaval. « Les très rares personnes qui ont fait cette demande sont des producteurs qui destinent leur production vers l’étranger », poursuit-il.  Il cite la Chine qui a mis en place une réglementation interdisant la présence de phtalates dans les vins.

Les pesticides toujours présentsMalgré la bonne réputation dont jouit le laboratoire de Touraine, ce dernier subit la très forte concurrence des structures d’analyses privées. Plusieurs d’entre eux, essentiellement ceux des firmes Eurofins et Carso, ont les mêmes agréments que le Laboratoire de Touraine pour les contrôles alimentaires. « Ils bénéficient d’importants investissements par rapport à nous, regrette José Delaval. Et ce grâce à l’Union européenne qui a ouvert le marché de l’analyse au début des années deux mille. »

Les structures privées proposent des analyses à des prix défiant toute concurrence et établissent des partenariats. Ainsi, en septembre 2015, Eurofins a signé pour la deuxième année consécutive un contrat avec l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) pour réaliser des analyses sur de très nombreux échantillons. « Nous respectons le choix des personnes qui se tournent vers le privé, confie José Delaval. Mais aujourd’hui, il y a une volonté de la part du privé d’assassiner le secteur public. En somme, ils veulent nous privatiser. »

De surcroît, les laboratoires privées disposent de moyens humains et matériels plus conséquents que les publics. Le groupe Carso emploie 2 500 personnes et possède 30 antennes dans toute la France. Avec ses 110 employés et ses 4 sites en région Centre, le laboratoire de Touraine a des moyens beaucoup plus limités. C’est cette différence de moyens qui permet au secteur privés d’écraser la concurrence du secteur public.

Bastien BOUGEARD

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