La main verte

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Clara Dupré est propriétaire de 2 hectares de terrains à Fondettes. Son jardin maraîcher, « la Petite Fève », est garanti sans pesticides. Ici, le désherbage se fait à la main et les coccinelles font office d’insecticide. 

Clara Dupré, une barre de céréales à la main, s’accorde une courte pause dans une journée qui s’annonce chargée. Le mercredi est en général jour de marché à la ferme. Les visiteurs peuvent alors remplir leur panier de légumes frais et de saison. Mais aujourd’hui, exceptionnellement, la maraîchère a décidé de fermer les portes de son jardin pour s’en occuper pleinement. Cheveux châtains attachés à la diable, vêtue d’un simple pull à capuche vert et d’un bermuda, elle s’apprête à désherber une partie des 2 hectares de son terrain.

C’est après des études en génie environnemental – et quelques hésitations professionnelles – que la jeune femme décide de devenir maraichère. Elle multiplie stages et formations afin de perfectionner ses méthodes de culture. A 3à ans, elle emporte finalement un appel à candidature lancé par l’agglomération de Tours. Et en février 2015, la voilà installée à Fondettes où elle rebaptise son projet « La Petite Fève ».

La jeune maraîchère relève alors un défi : convertir à l’agriculture biologique sa parcelle précédemment gérée par un « conventionnel », c’est-à-dire un exploitant utilisant des pesticides. L’Union européenne préconise un laps de temps de deux ans pour permettre au sol d’évacuer tous les résidus chimiques. A la Petite Fève, seules les cultures semées à partir de février 2017 pourront être certifiées bio et bénéficier du label AB. Ce qui n’empêche pas Clara Dupré de respecter déjà toutes les règles de la culture biologique : pas de pesticides de synthèse, pas de fertilisants chimiques ni de semences génétiquement modifiées.

Mais elle va encore plus loin : elle n’utilise même pas certains produits autorisés en bio comme le Cuivrol ou la bouillie bordelaise. « Je n’ai aucune envie d’apporter ce qui n’est pas indispensable, je préfère passer du temps sur mes cultures. »

« Je préfère choisir une bonne variété de navet, même si elle met plus longtemps à pousser », poursuit la jeune agricultrice. Car la confection d’un produit de qualité commence dès le choix des semences et, à la Petite Fève, c’est souvent le critère gustatif qui l’emporte.

« Les plantes, comme nous, ne sont
pas faites pour être seules »

Pour faire pousser des légumes sans pesticides, Clara Dupré a quelques astuces simples. Un excès d’engrais peut rendre les feuilles trop sucrées et attire les pucerons. Clara privilégie le repos des sols et la rotation des cultures qui permettent de limiter l’appauvrissement des terres en nutriments et minéraux. Autre moyen efficace et naturel pour réguler la population de ravageurs : se doter d’insectes auxiliaires. Coccinelles et perce-oreilles sont donc les bienvenus pour la débarrasser des nuisibles : « Un champ en bonne santé, c’est un champ qui vit. Il faut plusieurs variétés de légumes, des micro-organismes, des bactéries, des vers, des insectes, des champignons. Les plantes sont comme nous, elles ne sont pas faites pour être toutes seules. »

Des risques bien réels

Clara Dupré soutient aussi que les plantes ont des cycles : en respectant la saisonnalité des produits, elle évite ainsi les stress hydriques, les pics de chaleur et les coups de froid sur ses plants de salades, d’oignons, d’épinards, de choux …

Connaissance des plantes, tour de main et travail acharné sont des conditions indispensables pour entretenir un jardin biologique. L’épandage de pesticides n’est souvent qu’une solution de facilité pour les agriculteurs. « Être en bio est plus complexe. Je dois être formée à de nombreuses techniques au lieu de connaître les différentes marques de pesticides. »

Son exploitation progresse techniquement et elle voit ses rendements augmenter depuis un an : « Il y a une vraie demande d’un public qui cherche à manger plus sain. » Mais le bio souffre encore de nombreux clichés : « J’entends souvent dire que le bio ne peut pas nourrir la planète entière, déplore-t-elle. C’est faux. En plus, une culture biologique emploie plus de main-d’œuvre et est meilleure pour la santé. »

Colin MOURLEVAT

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