La bonne santé des résidences médicalisées

D’année en année, l’écart de pouvoir d’achat entre les seniors se creuse. Certains retraités doivent reprendre une activité pour compenser une trop maigre pension. D’autres ont les moyens de séjourner dans des résidences médicalisées très confortables. Aux Dames Blanches, tout est fait pour ces pensionnaires exigeants.

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Aujourd’hui, les résidences médicalisées pour seniors se distinguent par la qualité de leurs prestations santé et de leurs services. Très prisés, ces établissements sont aussi un investissement de choix pour des entreprises spécialisées telles que Korian, Médica, Orpéa. Ces trois-là sont françaises et leaders sur le marché européen. Si on en croit le syndicat national des résidences avec services pour les aînés, la part des résidences médicales pour seniors devrait doubler d’ici 2020.

L’expansion du marché s’explique principalement par le vieillissement de la population française. L’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) estime qu’un tiers des français aura plus de 60 ans en 2060. Les plus de 85 ans seront près de cinq millions à ce moment-là, contre un peu plus d’un million à l’heure actuelle. Cette projection oriente ainsi l’économie de demain vers les seniors. Ce qu’on appelle la « silver economy » a été retenu par la Commission innovation 2030 comme une des sept ambitions capables constituer les sept piliers essentiels pour « assurer à la France prospérité et emploi sur le long terme ».

Les résidences médicalisées sont au centre de cette économie. Celle des Dames Blanches, à Tours, a ouvert ses portes en juin 2012, il y a presque quatre ans. Située sur le boulevard Preuilly, à quelques pas des bords de Loire, cette résidence moderne accueille des personnes âgées en séjour permanent ou temporaire dans des chambres individuelles aménageables. Comme beaucoup d’autres résidences et de maisons de retraite, elle surfe sur la demande des résidents de personnalisation. Ils peuvent apporter leurs meubles et leurs photos. « Nous nous sentons comme chez nous ici », assure Madeleine Janton. Elle a choisi cet établissement pour sa renommée. Il faut dire que les lieux sont particulièrement accueillants. La résidence est très colorée. Les espaces de vie collectifs sont nombreux. La salle de restauration aux tons pastels est lumineuse, presque chic.

L’écoute, l’implication et les services sont les clés du succès de ces établissements destinés à une clientèle aisée. Car les frais de location, environ 2 500 euros par mois, ne sont pas à la portée de toutes les bourses. Dans son rapport annuel, publié en juin 2015, le Conseil d’orientation des retraites (COR) montrait que, fin 2012, seulement un quart des retraités percevaient une pension mensuelle de plus de 2 000 euros.

Alors forcément, ceux qui ont les moyens de séjourner ici ne se plaignent pas. « J’ai rendu visite à des amis dans des résidences misérables. Il n’y avait rien, aucune distraction. L’ambiance était pesante. On entendait résonner le bruit des couteaux et des fourchettes. C’était très triste », se souvient la pensionnaire Monique Millereux, ancienne greffière dans un tribunal et pensionnaire des Dames Blanches. L’animatrice Corinne Cirot souligne que de telles résidences tendent à disparaître. Mais comment être sûr de les éviter ? Car le problème principal est que les retraités n’ont pas toujours le choix, notamment quand ils sont dans l’urgence de trouver une résidence médicalisée. Les places sont chères dans tous les sens du terme. « Les retraités n’ont pas toujours le choix. La plupart des résidences sont surchargées et les demandeurs se retrouvent sur liste d’attente », reconnaît l’animatrice. Certains ne peuvent pas aller où ils veulent malgré un pouvoir d’achat élevé.

Les Dames Blanches font partie de ces résidences qui affichent complet. Aujourd’hui, les 96 chambres sont occupées. Mais cet effectif conséquent n’empêche pas Corinne Cirot d’être au plus près des résidents. L’animatrice explique que le travail est axé sur l’accueil et la prise en considération des nouveaux arrivants. « Chaque fois qu’une personne s’installe, nous discutons avec elle afin d’adapter et orienter nos services. » Et les services, ce n’est pas ce qui manque. Les habitants ont accès à de nombreux soins, allant du passage au salon de coiffure à la détente dans le jardin thérapeutique. Une kinésithérapeute, une psychologue, une socio-esthéticienne et une art-thérapeute sont également présentes pour les résidents. Personnel que l’on peut également trouver dans des maisons de retraite publiques.

Corinne Cirot propose trois activités quotidiennes. « J’essaye de varier d’une semaine à l’autre. Le plus souvent, nous faisons des jeux et des exercices mais il nous arrive de sortir et d’assister à des spectacles. Nous avons également des partenariats avec quelques associations locales », explique l’animatrice. Un dévouement qui plaît aux résidents. « Corinne est très présente et abordable. Elle nous est précieuse », reconnaît Monique Millereux.

En ce début d’après-midi, c’est une partie de belote qui se profile dans le hall. C’est l’occasion de papoter et d’évoquer les points faibles de la maison. Et visiblement, aux yeux des joueurs, il n’y en a pas. « Ah si ! Mon éclairage dans la salle de bain est défectueux depuis ce matin », signale une pensionnaire tout sourire. Une autre tient à préciser : « Le cadre de vie est très agréable. Le personnel est sympathique. Je me plais bien ici. »

Il faut monter au premier étage pour mettre un bémol à ce concert de louange. Epuisée par la maladie, Monique Perrault n’a plus la force de sortir de sa chambre. Elle reconnaît que la qualité de vie aux Dames Blanches est supérieure à celle de bien d’autres résidences où vivent ses amis. Mais elle regrette toutefois le manque de diversité des activités. « C’est un peu répétitif désormais. Avant, nous faisions de tout. Par exemple, lorsque je suis arrivée, nous avons réalisé une pièce de théâtre. J’aimerais qu’il y ait des activités plus variées. » Une exigence compréhensible au vu du tarif.

Simon BOLLE et Léna SOUDRE

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