Ils aident les précaires les plus âgés

Les personnes âgées sont de plus en plus nombreuses à souffrir d’isolement et de précarité, deux phénomènes étroitement liés. Pour elles, des associations et des travailleurs sociaux se mobilisent. Leur objectif est de proposer un accompagnement qui crée du lien social. Parmi ces associations, les Petits Frères des pauvres et ses 80 bénévoles.

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La bonne humeur de Jean-Marie Lemaire, de Françoise Beaufort et de Brigitte Van Oostende, trois bénévoles des Petits Frères des pauvre,  fait merveille auprès des seniors. Photo : Flora Battesti/EPJT

Le local tourangeau de l’association des Petits frères des pauvres n’attire pas vraiment le regard. Situé au bord d’une route quelconque, il est coincé entre des habitations et un garage. On remarque à peine la devise inscrite sur la ­façade : Les fleurs avant le pain. « Elle exprime la chaleur et le soutien moral que l’on souhaite apporter aux personnes âgées et isolées les plus pauvres », ­explique Jean-Marie Lemaire, bénévole de l’association.

À l’intérieur, les murs jaunes du local sont couverts de poèmes écrits par les personnes âgées et de photos souvenirs. Celle des bons moments partagés ici. La mission des Petits Frères des pauvres est de briser la solitude des personnes âgées isolées. Une solitude engendrée, le plus souvent, par un manque de moyens matériel et/ou financier. Si on en croit un rapport de la Fondation de France de 2014, la solitude est en hausse en France toutes générations confondues. Mais les 75 ans et plus sont les plus touchés : ils seraient un sur quatre à vivre seuls, soit près d’un tiers des personnes souffrant d’isolement.

Retisser des liens

« Très souvent, la mort du conjoint, la perte d’autonomie ou l’éloignement de la famille entraînent les personnes âgées dans la solitude, note Amélie Picard, assistante sociale. Et bien souvent, les problèmes financiers s’accumulent car seules, elles disposent de moins de ressources. » La pauvreté des seniors s’accroît avec l’âge. En Indre-et-Loire, 10,4 % des personnes âgées de 75 ans et plus vivent en dessous du seuil de pauvreté (fixé à 977 euros) contre 7,5 % des 60 à 74 ans, selon l’Insee.

En situation de détresse, les personnes âgées ont tendance à s’enfermer chez elles et perdent peu à peu le contact avec le monde extérieur. Il est important de couper avec ces habitudes. L’association des Petits Frères des pauvres intervient alors pour amener ces personnes à renouer des liens sociaux. « Quand ils ne peuvent pas se déplacer, nous les amenons directement à l’association. Ils peuvent, s’ils le souhaitent, participer aux ateliers hebdomadaires ou aux goûters que nous organisons tous les mois », explique Jean-Marie Lemaire. Goûters et pâtisseries sont préparés dans la cuisine toute équipée située tout au fond du local. La dégustation, elle, se fait dans la pièce principale, autour de la table ronde qui occupe tout l’espace.

« Une vingtaine de personnes isolées signalées chaque année »

Si on en croit l’Insee, avec le vieillissement de la population, le nombre de retraités pauvres augmentera d’environ un tiers dans la seule région Centre d’ici 2030. « Environ une vingtaine de personnes isolées nous sont signalées chaque année. Mais seulement la moitié d’entre elles nous rejoignent », commente Jean-Marie Lemaire. Les associations sont fréquemment sollicitées par les assistantes sociales, les aides à domicile et parfois les familles trop éloignées pour être suffisamment présentes auprès de leurs anciens.

« Nous nous adressons surtout aux personnes qui possèdent un domicile mais ne paient pas d’impôts », explique Brigitte Van Oostende, elle aussi bénévole des Petits Frères. Afin de vérifier que la personne répond aux critères définis, les bénévoles effectuent d’abord des visites à domicile. « Il arrive que la situation ne soit pas celle que l’on nous a décrite », poursuit Brigitte Van Oostende. Les seniors peuvent en effet bénéficier de suffisamment de ressources ou alors être soutenues par des membres de leur famille présents sur place. « Nous devons nous en tenir à nos critères car nous ne pouvons pas aider tout le monde », concède la bénévole.

« La précarité aggrave leur état psychologique »

Les cas les plus graves – les grands précaires, les personnes souffrant de dépression chronique – ne peuvent être gérés par l’association. D’autres structures prennent alors le relais, comme l’équipe mobile psychiatrie précarité et exclusion de Tours (EMPPE) dont la permanence est hébergée à l’hôpital Bretonneau. Cette prise en charge est importante car « la dépression des adultes les plus âgés est le trouble psychiatrique le plus fortement associé au suicide et aux tentatives », pointe une étude menée en 2010 par le Comité national pour la bientraitance et les droits des personnes âgées (CNBD). Elle démontre aussi que « les principaux facteurs sont le désespoir, le vécu d’isolement, ainsi que la mauvaise condition physique et la précarité financière ». Les suicides des 85-94 ans représentaient 40 % des suicides, conclut le CNBD.

« La précarité aggrave l’état psychologique des seniors », constate Bruno Miglioretti, infirmier en psychiatrie au sein de l’EMPPE. Un événement tragique peut faire resurgir des épisodes traumatisants et refoulés de l’enfance ou de l’adolescence et conduire les personnes âgées dans une situation de détresse psychologique extrême. Le plus souvent, les seniors auprès desquels intervient l’EMPPE possèdent un appartement insalubre, sans chauffage ni électricité. « Ils deviennent incapables de gérer leurs revenus et accumulent les dettes car ils ne savent plus comment payer leurs impôts par exemple », explique Amélie Picard

Au local des Petits Frères des pauvres, Brigitte Van Oostende, elle, n’a jamais eu à traiter de cas aussi extrême. « Mais si cela devait arriver, nous savons à qui nous devons faire appel ». Puis, dans un sourire, elle regagne la cuisine pour préparer l’atelier pâtisserie du mercredi.

Flora BATTESTI et Thibaut ALRIVIE

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