Répression et pédagogie

Gérard Dine, spécialiste des produits dopants, en est convaincu : le dopage est plus dangereux pour les amateurs que pour les professionnels. Afin de lutter contre ce fléau, il préconise une plus grande répression du trafic et une meilleure prévention auprès des sportifs.

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Gérard Dine est médecin du sport attaché au centre hospitalier de Troyes. Photo : AFP

Quel est l’état du dopage dans le sport amateur ?

Gérard Dine. Imaginer qu’il n’y a pas de dopage dans le sport amateur est une vue de l’esprit. Même à ce niveau, c’est assez présent et beaucoup plus fréquent qu’on ne peut le penser. Ce phénomène a toujours existé. Tous les sports sont touchés, du culturisme au cyclisme, en passant par le jogging. Mais peu de contrôles sont réalisés pour les sanctionner. Les gens font tout et n’importe quoi pour augmenter leurs performances, même à un niveau modeste. Ce qui est un vrai problème car les pratiques sont mal encadrées d’un point de vue médical.

Quels sont les principaux produits dopants qu’un sportif peut se procurer ?

G. D. Nous avons d’abord les incontournables qui sont aussi les plus dangereux : les amphétamines, les corticoïdes, les stéroïdes anabolisants comme la testostérone et l’EPO. Ce sont aussi les plus facilement repérables lors d’un contrôle. On retrouve des médicaments contrefaits venant de Chine ou des ex-pays de l’Est sur certains sites internet français. Il faut dire qu’avec Internet, c’est encore plus facile d’acheter ces produits. On peut y trouver de tout, venant des quatre coins du monde : les amphétamines russes, les corticoïdes bulgares, l’EPO chinoise, etc. Dans les organisations criminelles, il existe aussi bien des filières spécialisées dans le dopage que dans la drogue. C’est un trafic à part entière.

Un sportif amateur qui se dope met-il sa santé en danger ?

G. D. Bien évidemment. Le risque est même plus important que chez les professionnels. Au haut niveau, on prend des produits évolués, de bonne qualité et indétectables. Les athlètes sont également mieux encadrés par des médecins. Ce n’est pas le cas chez les amateurs. De plus, ils consomment des produits aux effets pervers. Comme par exemple les compléments alimentaires qui contiennent des produits dopants. Mais attention à ne pas généraliser. Sur les centaines de morts subites qui surviennent chaque année, seulement quelques cas sont dus au dopage. Même si ces produits ne sont pas directement à l’origine de ces décès, ils le sont indirectement car ils masquent les signaux d’alertes que le corps envoie.

Comment pourrait-on améliorer la lutte antidopage ?

G. D. Il faut axer la lutte contre le dopage sur la répression. En cas de contrôle positif, on peut comparaître pour recel et trafic de produits dopants, ce qui est ­assimilé à du trafic de drogue. Donc pénalement, il y a de forts risques pour ces sportifs. Des campagnes de prévention sous cet angle seraient plus efficaces. Il faut aussi lutter contre les produits de contrefaçon médicamenteuse. Et surtout mieux entourer les sportifs dans un but pédagogique. Actuellement, il n’y a que des politiques d’information et aucune personne sur les terrains, au plus près des sportifs amateurs. La philosophie de la lutte actuelle n’est pas cohérente. On ne peut pas traiter le milieu amateur, où les enjeux sont faibles voire inexistants, comme le haut niveau où l’on sanctionne la tricherie dans une compétition avec de forts impacts d’image, ou encore financiers. Il faut plutôt avertir les sportifs sur les dangers pour leur organisme. Il est complètement stupide de faire du sport pour sa santé en s’injectant des produits qui la mettent en danger.

Recueilli par Fabien BURGAUD, avec Marine BERTHEAU et Julien GARREL

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Pour Aller plus loin

Dossier Futura Sciences (janvier 2013) sur les principaux produits dopants.