Jeudi 30 novembre, on parlait chaînes d’infos en continu à l’EPJT, avec Laurent Drezner, secrétaire général de la rédaction de BFM TV, Julien Pain, de l’instant module sur France Info, et Julien Garrel, jeune pigiste travaillant pour Cnews et LCI.

La conférence démarre d’ailleurs sur le statut de pigistes dans les chaînes d’infos. « Il y a besoin de beaucoup de pigistes pour une chaîne d’info. Et c’est vrai que ce sont souvent des jeunes. Pour commencer, il n’y a pas trente six solutions à part la pige », affirme Laurent Drezner. Julien Pain compare : « A France Info, il n’y a pas de pigistes. On offre une stabilité intéressante, même si cela pose quelques problèmes pour le hardnews ». Quant à Julien Garrel, il explique qu’il est satisfait de sa situation en travaillant pour deux chaînes, mais que les choses auraient été un peu plus complexes financièrement s’il ne pigeait que pour une chaîne.

Des chaînes trop parisiennes ?

Se pose ensuite la question des moyens de tournage. Si France Info continue de tourner avec des caméras classiques, Laurent Drezner explique que la rédaction, notamment celle de BFM Paris, travaille de plus en plus avec des smartphones. « C’est plus discret, parfois plus pratique, et surtout moins cher. Mais il ne faut pas se leurrer, tourner avec un téléphone présente aussi beaucoup de désavantages », admet-il.

Les élèves de l’EPJT abordent ensuite une question plus sensible : existe-il vraiment un « centralisme » parisien pour les chaînes d’infos. Les trois intervenants le confirment sans hésitation, en expliquant que la situation est en train d’évoluer. « On se rend bien compte qu’on est trop dans notre bulle parisienne, on essaie de sortir le plus possible de Paris pour tourner, mais 80 % des tournages de l’Instant Module se déroulent encore dans la capitale », admet Julien Pain. Mais la bulle n’est pas que géographique. Elle est aussi sociologique. Les trois journalistes se rendent bien compte qu’ils fréquentent des individus exerçant la même profession, ou étant issu du même milieu social. « Les micros-trottoirs qu’on monte pour l’Instant Module, c’est un moyen très efficace pour sortir de sa bulle sociologique, car cela nous oblige vraiment à dialoguer avec tout le monde », analyse Julien Pain.

Qu’en est-il de la précipitation, de la course au direct, principal reproche fait aux chaînes d’infos en continu ? « C’est le chaud qui fait l’audience à la télévision. Quand il n’y a pas d’infos, il n’y a pas de téléspectateurs », se justifie Laurent Drezner. Et les smartphones jouent un rôle primordiale dans cette course à l’information assumée. « Quand quelqu’un reçoit une alerte sur son téléphone, son premier reflex est d’aller sur BFM. Si on en parle pas à ce moment là, on ne remplit pas notre rôle. »

Vient le moment des questions. Un étudiant demande pourquoi les sujets abordés ne sont pas plus variés et risqués, la réponse est directe, de la part de Julien Pain comme de Laurent Drezner. « On fonctionne sur la demande, si on aborde un sujet dont tout le monde se fout, on va juste perdre de l’audimat. » Laurent Drezner tente quand même de nuancer les choses : « On sait parfois qu’il faut qu’on parle de sujets graves, même si ça ne va pas avoir de fortes répercussions, du moins pas tout de suite. Comme les Rohingyas de Birmanie par exemple. Quand on a commencé à en parler, personne ne connaissait leur situation. »